
La Vue de ma Mère
Laval
“La vue de ma mère” à Laval
Nos mères sont nos livres
Depuis l’enfance, j’ai grandi bercée par les récits de ma mère. Des histoires de courage, de déracinement, de sacrifices, de silences. Des histoires si puissantes qu’une question s’est très tôt imposée à moi : pourquoi inventer autant de fictions, alors que les histoires de nos mères restent encore trop souvent dans l’ombre ? Puis un jour, en découvrant le travail de Feris Barkat à Strasbourg, une évidence est née : cette exposition devait exister ici, à Laval.
« en mode cartel sauvage »
Hors les murs — Laval, juin 2026Festival La Magma, Laval — avec POP&CO’53.

L’intention
Il y a des femmes qui ont traversé des océans, quitté des terres, laissé derrière elles des visages aimés ; pour recommencer, ailleurs, dans une langue qui n’était pas la leur. Pendant des années, elles ont porté l’extraordinaire comme si c’était ordinaire. Dans nos quartiers, leurs combats, leurs sacrifices, leurs silences semblaient presque normaux. Comme si leur histoire n’avait pas de valeur parce qu’elle n’avait jamais été écrite nulle part.
Réunir ces mamans n’était déjà pas simple. Leur demander de se raconter l’était encore moins. Parce qu’elles sont pudiques. Parce qu’elles ont été tellement habituées à s’effacer qu’elles ne savaient plus très bien comment occuper l’espace. Alors nous avons pris le temps ; celui des maraudes, des discussions timides qui finissent dans les larmes et les rires mêlés, des confidences glissées à voix basse qui méritaient d’être entendues à voix haute.
Au départ, elles ne se connaissaient pas. Aujourd’hui, elles se tiennent les unes les autres. Ce qui devait être un projet est devenu une famille, une force, le début d’une histoire avec POP&CO’53. Notre intention n’a jamais été de parler à leur place, mais de leur tendre un miroir et de leur dire ce qu’elles méritent d’entendre : “vous n’êtes pas seulement nos mamans. Vous êtes nos piliers. Vous êtes notre mémoire. Vous êtes nos livres. et méritez une reconnaissance”

L’exposition
Cinq coffres de voitures ouverts dans nos rues, trois vélos cargos, des portraits, des voix, des casques. Une exposition immersive qui ne se visite pas dans un musée, parce que les histoires de nos mères ont besoin d’un trottoir, d’un quartier, d’un passant qui s’arrête et qui écoute. Derrière chaque image, une vie entière : l’exil, la maternité, la solitude, les deuils, la reconstruction, l’amour.
Insérée dans le festival La Magma, engagé pour l’écologie et la justice sociale, cette exposition porte les valeurs de POP&CO’53 : ramener l’art là où on ne l’attend pas. Et parce que ces histoires existent partout, nous accueillons l’association Planèt’Trappes, qui a elle aussi recueilli la parole de mamans de son territoire. Dans cette rencontre, une vérité simple se révèle : peu importe la ville, peu importe le quartier, nos mères ont porté les mêmes combats, gardé les mêmes silences, aimé avec la même force absolue. Leurs histoires méritent d’être entendues.
Manel Bentefrit