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Un grand tableau en noir et blanc posé debout sur des pavés, à côté de la portière ouverte d'une voiture : il représente une personne assise, les mains croisées sur les genoux. À côté, une chaise pliante et un petit cartel.
Photo — @undercoverlpo, Strasbourg

La Vue de ma Mère

Strasbourg

23 avril 2023 ma mère est décédée. Elle verra pas à quel point je voulais la rendre fière pour honorer ses sacrifices. Et moi j’ai jamais pris le temps d’écouter sa vie. “La vue de ma mère” c’est d’abord mon regret, celui d’un fils qui n’a jamais pris le temps de comprendre le courage de sa mère. Aujourd’hui c’est une thérapie.

25 mai 2025place d'Austerlitz

Au pied d'un immeuble, un salon installé dans la rue : canapés blancs, tapis et table basse ; des personnes sont assises, deux autres s'enlacent. À droite, une grande affiche « La vue de ma mère » avec deux yeux ; au-dessus, un adulte et un enfant se tiennent sur une structure en bois.
Photo — @undercoverlpo, Strasbourg

L’intention

« La vue de ma mère » est une exposition construite par les dialogues entre les mamans elles-mêmes depuis 9 mois. Ce n’est pas que de l’art, c’est une thérapie culturelle. Il s’agit de comprendre les vies de ces mères de quartiers populaires à travers des outils pédagogiques tels que la sociologie pour en faire des œuvres d’art. Chaque maman de l’exposition incarne, à travers son parcours, une blessure ou un combat partagé par les femmes de la deuxième génération d’immigrées.

Il ne s’agit pas de donner la parole aux mères, comme si cela suffisait à réparer leur invisibilisation. Femmes, mères, appelez-les comme vous voulez, cette exposition est un geste pour les célébrer, un moyen de donner des clés de compréhension sur leurs existences. Expliquer la douleur, expliquer le courage, c’est ce qu’on a essayé de faire depuis 9 mois à travers des groupes de paroles, des randonnées et des projets. L’explication passe par les témoignages des mamans, que les passants pourront écouter dans chaque voiture. Chacune abordera une thématique spécifique, l’intégration, l’islamophobie, l’éducation, la délinquance et le divorce, avec une documentation associée.

« Cette exposition, c’est un espace pour dire ce qu’on garde en nous. »

Soraya
Des canapés blancs et un tapis posés sur la chaussée : un enfant assis sur un canapé se tourne vers une personne assise sur le tapis, qui sourit ; derrière eux, d'autres personnes sont assises. Au fond, l'affiche « La vue de ma mère » et la façade d'un immeuble ancien à balcons.
Photo — @undercoverlpo, Strasbourg

L’exposition

Des tableaux accrochés aux balcons, sept voitures et un salon sont reconstitués au cœur de la place d’Austerlitz à Strasbourg. Il s’agit ici de se réapproprier l’espace public avec des visuels qui interpellent les passants. Les voitures servent de support pour l’exposition afin de renforcer l’idée qu’on vient déplacer et imposer les récits de nos mères au centre-ville, à la vue de tous. Vous pouvez pas nous rater, vous n’avez pas le choix.

Au-delà de l’aspect visuel, la voiture symbolise les longs trajets en famille pour retrouver un bout de famille ici ou ailleurs. Le temps d’une journée cet espace familial est transformé en lieu de compréhension où la mère est au centre de l’attention : dans la voiture ce n’est pas elle qui décide de la musique, elle est la musique.

Féris Barkat